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24/02/2008

Bérénice, ou le destin brisé d'une reine

En ce moment sur les chaînes de télévision françaises, c’est la débandade. Laurent Ournac (oui, celui de L’incroyable fiancé) fait son grand retour de comédien fétiche de TF1 dans Camping paradis 2 (ou l’art de recycler les anciennes "gloires" de la télé-réalité). Jean-Pierre Foucault présente un nouveau divertissement dans lequel des candidats survitaminés vont encore nous faire vivre de grands moments d’émotion. La nouvelle star a repris, sans Dove Attia. Alors je ne sais pas vous, mais moi, tout cet épanchement culturel, ça me donne furieusement envie de relire mes classiques...

Et s’il devait n’en rester qu’une, parmi tout l’œuvre de Jean Racine, ce serait cette tragédie-là : Bérénice.

Bérénice, ou l’histoire tragique d’une lutte sans concession entre amour et pouvoir politique. Bérénice, reine de Palestine, aime depuis cinq ans Titus, d’un amour partagé et sans faille. Mais Titus est empereur de Rome, et la loi de sa cité lui interdit d’épouser une étrangère, tandis qu’Antiochus, ancien amant de Bérénice, incapable de cacher plus longtemps son amour pour la reine, essaie dans une ultime tentative de conquérir son cœur. Déchirés entre passion et pouvoir, broyés par une raison d’Etat qui les dépasse, les trois jeunes souverains vont devoir se résigner et faire le deuil de leur amour.


Acte I, scène 4 : Bérénice, qui a souffert quelque temps de l’indifférence de Titus, est désormais certaine de son amour et attend le mariage qui la couronnera impératrice de Rome. Incapable de tenir la promesse qu’elle lui avait arrachée cinq ans auparavant, Antiochus lui avoue qu’il lui est impossible de ne plus l’aimer, et préfère la quitter pour toujours.

Antiochus
Enfin votre rigueur emporta la balance :
Vous sûtes m’imposer l’exil ou le silence,
Il fallut le promettre, et même le jurer.
Mais puisqu’en ce moment j’ose me déclarer,
Lorsque vous m’arrachiez cette injuste promesse,
Mon cœur faisait serment de vous aimer sans cesse.
(…)
D’un inutile amour trop constante victime,
Heureux dans mes malheurs d’en avoir pu sans crime
Conter toute l’histoire aux yeux qui les ont faits,
Je pars plus amoureux que je ne fus jamais.
(…)
Je fuis Titus : je fuis ce nom qui m’inquiète,
Ce nom qu’à tous moments votre bouche répète.
Que vous dirais-je enfin ? Je fuis des yeux distraits,
Qui me voyant toujours, ne me voyaient jamais.
Adieu. Je vais, le cœur trop plein de votre image,
Attendre, en vous aimant, la mort pour mon partage.
Surtout ne craignez point qu’une aveugle douleur
Remplisse l’univers du bruit de mon malheur,
Madame : le seul bruit d’une mort que j’implore
Vous fera souvenir que je vivais encore.
Adieu.


Acte IV, scène 5 :
Titus annonce à Bérénice qu’il a choisi de suivre sa destinée d’empereur et qu’il leur faut se séparer. Accablée de douleur, la reine s’apprête à quitter Rome et son souverain, menaçant de se tuer par vengeance.

Titus
Que sais-je ? J’espérais de mourir à vos yeux,
Avant que d’en venir à ces cruels adieux.
Les obstacles semblaient renouveler ma flamme,
Tout l’empire parlait, mais la gloire, Madame,
Ne s’était point encore fait entendre à mon cœur
Du ton dont elle parle au cœur d’un empereur.
Je sais tous les tourments où ce destin me livre,
Je sens bien que sans vous je ne saurais plus vivre,
Que mon cœur de moi-même est prêt de s’éloigner,
Mais il ne s’agit plus de vivre, il faut régner.

Bérénice
Eh bien ! Régnez, cruel, contentez votre gloire :
Je ne dispute plus. J’attendais, pour vous croire,
Que cette même bouche, après mille serments
D’un amour qui devait unir tous nos moments,
Cette bouche, à mes yeux s’avouant infidèle,
M’ordonnât elle-même une absence éternelle.
Moi-même j’ai voulu vous entendre en ce lieu.
Je n’écoute plus rien, et pour jamais : adieu…
Pour jamais ! Ah, Seigneur ! Songez-vous en vous-même
Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?
Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence et que le jour finisse,
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,
Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?
Mais quelle est mon erreur, et que de soins perdus !


A noter : Bérénice est actuellement mise en scène par Lambert Wilson au théâtre des Bouffes du Nord, à Paris, jusqu’au 22 mars. Avec Carole Bouquet (qui avait déjà joué le rôle dans une adaptation télévisée, en 1999), Georges Wilson et Lambert Wilson.
De 7 à 24 euros - Du mardi au samedi à 20h30, le samedi à 15h30 - Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis boulevard de la Chapelle, 75010 Paris - Renseignements : 01.46.07.34.50
Plus d’infos : cliquez ici


Lambert Wilson, qui a mis en scène la pièce et joue également le rôle de Titus, et Carole Bouquet, qui interprète Bérénice, s'expriment sur leur relation à la tragédie de Racine devant les caméras de TF1 :

 

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